Il a plu sur Antananarivo

Par Zarateny. Samedi dernier, le premier orage d’octobre, particulièrement fort, s’est abattu sur Antananarivo. Ondée torrentielle, vents forts et grêles, la totale. Evidemment, l’électricité n’a pas tenu le coup, elle qui lâche la barque même par beau temps, elle ne se fit pas beaucoup prier, grondée par le tonnerre. Dans certains quartiers, privés d’eau par les bons soins d’un imprévisible service d’approvisionnement, on sort quelques seaux dans la cour. Quelques litres récoltées gratuitement noieront la facture salée de l’eau du robinet qu’on n’a pas bue, puisqu’elle n’est pas livrée.

Il a plu des cordes dans le noir, et noir, ce fut noir. Puisqu’à 17H, le ciel gris de plomb s’est encore épaissi. Beaucoup d’eau dehors, pas d’eau à la maison et pas d’électricité : la saison des pluies a commencé et avec elle, l’angoisse du Tananarivien.

Vue sur Anosy, sur google earth
Vue sur Anosy, sur google earth

Le premier orage a inondé les quartiers en contre-bas de la ville, fokontany éparpillés en fractale indissoluble, bondés de petites constructions illicites, élevées murs contre murs. Un déluge saisonnier, témoin de l’urbanisation sauvage d’une capitale qui ploie sous le poids des constructions illicites, des bennes boursouflées d’ordures, des détritus éparpillés à tous coins de rues et des déchets ménagers qui obstruent les canaux d’évacuation. Dès le premier orage, les eaux débordent des canaux pour submerger rues et ruelles, charroyant tout ce que la ville a entassé d’immondices. Sans compter la pollution, les odeurs, la chaleur étouffante, les éternels bouchons et la pollution sonore qui accompagnera bientôt les festivités de fin d’année. Et comme le dernier trimestre est aussi celui des récoltes fruitières, la ville moissonnera son lot d’épluchures de litchis et de mangues, jetés à tout va. Plusieurs centaines de tonnes de déchets produits par des dizaines de milliers de familles, jetés à la face de la vieille cité.

Les efforts de la commune d’Antananarivo d’assainir la capitale sont louables. Mais encore faut-il les soutenir par des simples règles quotidiennes de vie saine et des choix de consommation logiques.  Les Tananariviens et les habitants des zones périphériques de la capitale sont conscients de la situation catastrophiques et s’en plaignent même très régulièrement.  On déplore massivement le peu d’enclin de la population à « changer de comportement », chacun y allant de son petit kabary : ah, la pauvreté, ah, le manque d’éducation, ah, l’impolitesse, ah, l’égoïsme, ah… La situation en est presque cocasse car si on montre une véritable conscience du problème et que l’on en décèle les causes, l’effort commun de vouloir changer ne vient pas. Pire encore, l’individu qui milite pour bannir une certaine mauvaise habitude – comme d’uriner en public – peut ramasser des volées de bois verts par les passants. C’est souffrir de l’épine dans le pied et marcher quand même, clopin-clopant. On en arrive à des extrêmes tels que la plus petite association qui offre de nettoyer un lieu pendant une demi-journée se voit encenser  tel un héros, passant même dans le journal télévisé du soir, pour un geste si simple et si banal que de… balayer. Bref, s’extasier de certains comportements exemplaires que l’on se refuse consciencieusement d’adopter. Et en même temps, regarder d’un œil morne les plaines se faire remblayer.

A l’instar d’une association de consommateurs, pourquoi pas une association de résidents qui s’activerait – non pas uniquement à des petites actions de nettoyage et de curage, certainement pas aux sempiternelles donations -, mais pour défendre une qualité de vie et protéger un certain mode de vie au profit d’Antananarivo ? Et pourquoi pas un vrai lobby autour des intérêts d’une capitale qui gagnerait à devenir un lieu touristique, un centre économique et un lieu de vie pour ses résidents ? Au-delà de ces petits projets ponctuels, mobiliser des efforts associatifs communs autour de la sauvegarde de la vieille cité et de ses environs, en bonne intelligence avec les services communaux ? Car sauver les Tananariviens, c’est d’abord sauver Antananarivo. S’il fallait que les mille soldats d’Antananarivo survivent au soir qui décline, autant se rendre utiles au matin levant. En attendant, il a plu sur Antananarivo, samedi dernier : les mille soldats avaient les pieds dans l’eau…

 

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