Barefoot College : Bunker Roy marche avec les pieds nus

C’est toute une philosophie, si proche de l’âme humaine qu’elle la rend encore plus tolérante et plus vivante. En 2012, l’indien Bunker Roy visite Madagascar, en particulier le minuscule village d’Iavomanitra, au cœur du pays Betsileo. Bunker Roy est « l’inventeur » du programme Barefoot College, crée en 1972 à Tilonia, dans l’Etat du Rajasthan. Le principe est simple : donner aux plus modestes l’opportunité de créer le développement par leurs propres moyens, en étant non des assistés, mais des acteurs, des porteurs d’initiatives, des participants.

Bunker Roy, à l'origine du programme Barefoot College, crée en 1972 à Tilonia, dans l’Etat du Rajasthan
Bunker Roy, à l’origine du programme Barefoot College, crée en 1972 à Tilonia, dans l’Etat du Rajasthan

A Madagascar, Bunker Roy assiste à la sélection de la toute première promotion de femmes malgaches qui participent au programme semestriel de formation pour devenir techniciennes solaires. Formées pendant six mois en Inde, ces femmes reviennent pour installer des panneaux solaires dans leurs villages et éclairer des centaines de cases, là où, la Jirama ne pourrait jamais fonctionner, faute de moyens et de voies praticables. Depuis la visite de Bunker Roy, plusieurs femmes malgaches ont tenté l’aventure, faisant bénéficier leurs villages de l’accès à l’énergie solaire au quotidien. Aujourd’hui, le projet consiste à créer des centres de formation locaux – et donc malgaches, grâce au réseautage de ces femmes techniciennes qui à leur tour, formeront d’autres femmes malgaches pour éclairer d’autres villages de Madagascar.

Le projet cible principalement les grands-mères illettrées. Ce qui semble inconcevable dans l’esprit du commun des mortels est la base-même du Barefoot College. Donner aux plus vulnérables et aux laissés pour compte de la société, la possibilité de se relever par leurs propres moyens et avec eux, toutes leurs communautés. Une idée, à l’image confucéenne du développement : apprendre à celui qui veut manger la technique de la pêche plutôt que de servir le poisson pêché. La méthode, après avoir essuyé pas de mal de critiques à ses débuts, a fait ses preuves à une échelle mondiale. L’approche opère au-delà du domaine énergétique. L’entreprenariat, l’éducation, l’adduction d’eau potable, l’accès aux soins de santé, l’artisanat : tous les moteurs de la vie rurale qui semblent en berne dans la Grande île fonctionnent travers le Barefoot College, en soutenant exclusivement l’effort des plus pauvres.

Et si « Le collège aux pieds nus » de Bunker Roy était une solution pour un pays comme Madagascar où 80% de la population vit… pieds nus ? S’il fallait miser sur ce qui nous est possible de faire avec ce que nous avons et de là, commencer à développer durablement nos villages et nos campagnes sans avoir constamment recours aux investissements étrangers pour nous relever ? Et si la promotion d’un savoir-faire local et la contribution des plus démunis par la formation, l’application et l’implication, au-delà de l’éternel assistanat, permettent à ces milliers de villages malgaches de trouver une voie sans passer par des projets éphémères et des exploitations improbables et peu transparentes dont l’appropriation communautaire et l’acceptabilité sociale ne sont pas toujours acquises ?

Une des femmes formées au sein du Barefoot College, à devenir technicienne solaire.
Une des femmes formées au sein du Barefoot College, à devenir technicienne solaire. Source : Barfoot College

Et si ces 80% de Malgaches devenaient la solution, au lieu de rester le problème ? Et s’il était temps de ne plus sous-estimer le potentiel national, au profit d’investisseurs étrangers et de faire des compétences locales une locomotive de développement plutôt que la dernière roue du carrosse ?   Bunker Roy a réussi sa démarche à une dimension colossale, prouvant que si le niveau universitaire n’est pas à la portée de tous, l’apprentissage reste possible, faisable et réaliste à toutes personnes quel que soit son niveau de scolarité. Que les connaissances locales et traditionnelles ont une valeur inestimable, dès lors qu’elles sont utilisées dans une certaine intelligence commune et pour une vision claire. Il est aussi temps d’accepter que ce messie politique que l’on aime bien attendre, battant le pavé, place du 13 mai est une utopie viscérale : s’il n’est pas venu en cinquante ans, c’est parce qu’il n’existe pas.

Et si la solution était moins illusoire, moins… élitiste, moins compliquée et finalement, possible ? Bunker Roy l’a fait, avec succès, dans une quarantaine de pays des continents africain, asiatique et américain et le Barefoot College a contribué à éclairer plus de 7 000 villages – pour ne parler que du domaine de l’accès à l’énergie pour tous. Par ailleurs, celles et ceux qui ont côtoyé ces femmes malgaches techniciennes solaires avant et après leur semestre au Barefoot College, Tilonia, auront remarqué l’extraordinaire changement dans leurs caractères : elles respirent l’envie de changer leurs mondes, de leurs deux mains… et leurs pieds nus.

Source : I'm Magazine
Source : I’m Magazine
mail

One thought on “Barefoot College : Bunker Roy marche avec les pieds nus

  1. Tout à fait d’accord avec cette vision. Oui, soutenir le développement en soutenant les plus démunis et leur donner le pouvoir de changer les choses à leur niveau. Madagascar a un modèle à suivre à travers cette initiative !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *