Que les dahalo rasent les murs, à la place des honnêtes gens

Par Zarateny. A Beroroha, rapporte l’Express de Madagascar du 21 juillet 2017, les dahalo exécutent un villageois pour venger chacun des leurs, abattu par les forces de l’ordre. Un énième cas d’attaques et de meurtres parmi tant d’autres qui nous parviennent, témoignant de la triste et réelle déchéance de notre vivre ensemble et de l’émergence d’une véritable guérilla. Beroroha accède à une dimension qui n’est plus inattendue et qui est presque prévisible : tant les malfaiteurs ont gagné en force et en hargne qu’ils peuvent attaquer en plein jour, à visage découvert et revenir en représailles. Et s’ils l’ont fait une fois ici, ils pourraient bien le faire une autre fois ailleurs et à tout moment. Apparemment, ces même dahalo,  ne semblent plus s’effrayer de la présence des forces de l’ordre, ni même s’inquiéter de la mobilisation des communautés. C’est leur loi, désormais : ils décident, la population subit.

Mais écrire dans ces colonnes pour réclamer des actions concrètes et immédiates face à une insécurité et une violence de plus en plus sanguinaires dans les villes, les villages et les routes nationales, est aussi inefficace que ne rien faire du tout. Tout comme partager un avis, ou même une parodie, s’avère aussi peu sécurisant que se taire. D’ailleurs, toute mobilisation citoyenne semble réveiller une forme d’intimidation qui, si elle ne causait pas autant de stress chez la population, aurait fait rire.

Quel espoir pour cette population qui est déjà en proie à toutes les formes de privations possibles ? Pauvreté, insalubrité, insécurités, malnutritions, problèmes d’accès à l’eau potable, bref : les plus vitaux de leurs droits. Si les familles supportent bravement les dégâts collatéraux de gouvernances aléatoires successives et si elles ne peuvent librement exprimer leurs opinions, au moins qu’elles aient un minimum de stabilité et de quiétude. Au moins, que les dahalo ressentent la force de dissuasion aussi énergiquement que ceux et celles qui veulent exprimer leur mécontentement.

S’il fallait, en plus d’assurer le gîte et le couvert à ses enfants et trimer littéralement de jour comme de nuit,  que les parents aient à cogiter en permanence sur un système de défense de leurs maisons, quartiers, villages et villes… S’ils devaient aussi avoir à se poser la question de se créer des milices privées, de détenir une arme ou de se barricader en permanence entre ses quatre murs, y enfermant autant ses biens que ses rêves d’avenir…Alors, ce trop plein de stress aura toutes les chances de se muer en quelque chose de plus dangereux.

Le nombre de luttes qui devaient tenir des causes acquises en 50 ans est tellement innombrable et les ménages sont devenus si fragiles, au moins que le gouvernement trouve à l’insécurité quotidienne une solution dissuasive et radicale. Que les dahalo rasent les murs, à la place des honnêtes gens. Est-ce trop demander?

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