Au nom d’une bibliothèque : pour les livres de Madagascar

Par Zarateny. Pour qui aime les livres, une bibliothèque ne se refuse pas. Et mettre des livres à disposition des plus jeunes et de ceux qui ne peuvent se le permettre, c’est ralentir la pauvreté. Alors, bravo pour cette bibliothèque d’Antanimbarinandriana, bravo et pas du bout des lèvres.

Autant que le livre, l’industrie qui le crée est aussi importante et en la circonstance, elle a été la grande oubliée de la cérémonie d’inauguration. Elle est toujours, malheureusement, la laissée pour compte des décideurs et des politiques, cette entreprise du livre qui permet pourtant de nourrir nos esprits. Or qu’est-ce qu’une bibliothèque et qu’est-ce qu’un livre, sans la chaîne de métiers qui les précède ?  

La compréhension du commun des Malgaches du livre est toujours ce « produit de luxe » d’un côté et ce produit de seconde main issu des kiosques, de l’autre côté. On ne voit que le prix, on imagine difficilement le travail colossal de l’auteur, de l’éditeur, du correcteur, du metteur en page, des imprimeries. Parce que la plupart de métiers du livre  sont quasiment invisibles aux yeux du public, cette chaîne de métiers est rarement valorisée en haut lieu, comme le montre l’exemple de l’inauguration de la nouvelle bibliothèque d’Antanimbarinandriana.

Défendre les intérêts des maisons d’éditions locales, appuyer les associations du livre qui se mobilisent sans relâche, vulgariser l’accès aux livres et rendre la connaissance accessible à tous, c’est toute une démarche culturelle, sociale et entrepreneuriale. Une démarche qui est appelée à devenir un maillon fort du développement malgache. La situation désastreuse de l’éducation malgache, telle que nous le prouve les chiffres inquiétants rapportés par la Banque Mondiale et la presse la semaine dernière, nous ramène à l’importance grandissante de rendre le livre et ses rouages à leur juste place. En 2017, la difficile disponibilité du livre dans les zones rurales, enclavées et même dans les grandes villes, est un souci permanent : le livre est un élément de l’éducation et donc, l’industrie et les créateurs qui le façonnent font partie des pièces d’un développement bien durable.

L'industrie des livres de Madagascar n'est pas bien défendue
Or qu’est-ce qu’une bibliothèque et qu’est-ce qu’un livre, sans la chaîne de métiers qui les précède ? (Ph: pixabay)

Etait-il trop demandé, et dans un contexte qui pourtant rendait l’idée bien à propos, de prêcher au profit d’une cause si noble et si cruciale ? D’autant plus que le climat économique et social malgache actuel et les affrontements politiques ne donnent aucun intérêt au livre, bien au contraire. Quand la presse rapporte par ailleurs que des livres scolaires qui n’étaient pas destinés à la vente ont été trafiqués, pour être vendus sur les étals, on se pose des questions. En lieu et place de cet appel à la mobilisation pour le livre, on a eu droit à des discours bien loin des vraies préoccupations d’une bibliothèque. La petite guéguerre politique sournoise était le cheveu dans la soupe : rien à voir avec un bon bouillon de cultures, en l’occurrence.

mail

One thought on “Au nom d’une bibliothèque : pour les livres de Madagascar

  1. Renforcer l’accès au livre, certes, mais en général, renforcer l’accès à l’éducation et à la formation aussi. Les manuels de formation devraient tout aussi être accessibles à tous.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *