Observation électorale, 31 juillet 2015 : les communales, des élections désorganisées

Interview réalisée en collaboration avec le Centre de Presse Malagasy. L’association Liberty 32, à travers son programme Women and Youth League for Democracy (WYLD) a assuré une mission d’observation électorale au cours des élections communales du 31 juillet 2015. Ketakandriana Rafitoson, coordinatrice du projet revient sur les conclusions de ces observations: le scrutin a été entaché par de nombreuses irrégularités.

Ketakandriana Rafitoson, de Liberty 32
Ketakandriana Rafitoson, de Liberty 32

 


Quelles ont été les lacunes les plus fréquentes durant le scrutin ?
Le scrutin du 31 juillet a été entaché par de nombreuses irrégularités liées à la liste électorale et a été marqué par une faible participation des électeurs sur l’ensemble du territoire. Plusieurs types d’anomalies ont pu être relevés par rapport à la liste électorale. Tout d’abord, il existe des électeurs qui n’ont été ni recensés, ni inscrits sur la liste électorale, et d’autres qui ont été recensés (démarche volontaire auprès du Fokontany) mais qui n’ont pas été inscrits sur la liste. Ensuite, il y a des électeurs qui ont reçu deux cartes d’électeur (par personne) et pour des bureaux de vote différents. D’autres ont reçus deux cartes d’électeur pour le même bureau de vote, tandis que d’autres ont reçu une carte sans pourtant figurer dans la liste. De nombreux cas de personnes disposant d’une carte d’électeur entachée d’erreurs matérielles ont également été enregistrés, tout comme le cas de personnes figurant sur la liste mais n’ayant pas reçu leur carte. Même si la possibilité de voter avec une carte d’identité a soulagé de nombreux électeurs, elle n’a pas allégé la frustration de ceux qui ne figuraient pas dans la liste électorale.

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Un volontaire de Liberty 32 récolte les observations sur le terrain et le partage sur les réseaux sociaux (31 juillet 2015. Centre de Presse Malagasy)
Un volontaire de Liberty 32 récolte les observations sur le terrain et le partage sur les réseaux sociaux (31 juillet 2015. Centre de Presse Malagasy)

La CENI-T n’a donc pas rempli les termes de sa mission.
Il faut dire que du côté de la CENI-T, les matériaux d’éducation électorale n’ont été disséminés que tardivement, affaiblissant le niveau de sensibilisation des électeurs. Les incitations des citoyens à la vérification de la liste électorale sont quasiment passées inaperçues. De nombreux candidats, dans presque toutes les régions de Madagascar, ont enfreint les dispositions du Code électoral en matière de campagne électorale (affichage en dehors des panneaux dédiés, inaugurations officielles, etc.) sans qu’aucun rappel à l’ordre de l’Administration électorale ne se soit fait entendre. Par ailleurs, au début de la campagne électorale, les panneaux d’affichage officiels destinés aux candidats maquaient dans certaines localités. Le jour du scrutin, un retard dans la livraison du matériel a été remarqué dans certains bureaux de vote, occasionnant de ce fait un retard dans l’ouverture de ceux-ci. Certaines listes électorales – dont la plupart n’avaient été livrées aux responsables que la veille du scrutin – n’ont pas été imprimées dans leur intégralité, et des bulletins manquaient dans certains bureaux de vote. Une frange importante des électeurs, notamment les personnes âgées, a eu des difficultés à manipuler le bulletin unique, requérant fréquemment l’assistance du personnel des bureaux de vote et troublant les opérations de vote.

 

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Affiches et manuels publiés par le CENI-T en vue des éléctions communales du 31 juillet 2015

Quelles leçons pouvons-nous tirer de ces constats pour améliorer les prochaines élections ?
Les élections doivent être mieux préparées et mieux organisées à l’avenir. Cela devra passer par la mise en place de la CENI (le mandat de la CENI-T ayant maintenant expiré), par une amélioration du processus électoral – à commencer par le recensement et la constitution de la liste, par un focus particulier sr l’éducation électorale, sans oublier l’adoption de législations spécifiques relatives à la transparence et au plafonnement des fonds de campagne.

Liberty 32 a participé à l’observation du scrutin. Comment évaluez-vous la perception des jeunes face à ce genre de volontariat ?
On ne peut pas déclarer fermement que ce genre d’engagement est déjà ancré dans notre culture politique parce que le nombre de nos volontaires qui se sont engagés lors des communales a diminué par rapport aux dernières élections (présidentielles et législatives jumelées), ceci malgré l’amélioration de notre communication et de la stratégie d’appel à manifestation d’intérêt. Sur les 129 observateurs qui ont répondu à notre appel, à peu près 95% sont tous des jeunes de moins de 35 ans et 80% des jeunes entre 20 et 30 ans, alors que nous n’avions pas spécifiquement ciblé les jeunes. Ce taux pourrait signifier que certains jeunes sont quand même intéressés par le volontariat et/ou le bénévolat.

L'appel aux volontaires lancé par Liberty 32
L’appel aux volontaires lancé par Liberty 32

Comment expliquez-vous cette résistance?
Les résistances les plus récurrentes sont d’ordre pécuniaire. Il faut en effet préciser que nos volontaires sont en fait des bénévoles, c’est-à-dire qu’ils ne perçoivent aucune indemnité et sont en charge de tous les frais administratifs relatifs à l’obtention de leur badge d’observateur (frais d’obtention du certificat de résidence, frais de certification de la CIN, coût des photos d’identité). Certains ne comprennent pas l’intérêt d’investir sans être payés en retour. Cependant, tous ceux qui ont travaillé avec nous lors de ces élections se sont donné à fond et se sont engagés pleinement dans la réalisation de leur tâche.
Il est intéressant de noter qu’on peut faire un parallèle entre le taux d’abstention aux communales et le taux de refus de participation à notre démarche désintéressée d’observation. Il y a par exemple une région dans laquelle nous avions eu une vingtaine d’observateurs lors des élections de 2013 et aucun lors des communales. La conscience citoyenne est en net recul, mais nous gardons espoir.

Formation des volontaires à l'observation électorale par Liberty 32 au Centre de Presse Malagasy
zarateny4Formation des volontaires à l’observation électorale par Liberty 32 au Centre de Presse Malagasy

 

Quels seraient les trois points principaux que Liberty 32 exigerait des nouveaux maires?
Le premier point concerne la consultation des citoyens. Ces derniers, qu’ils aient ou non élu le maire en place, ont leur mot à dire quant à la gestion de leur ville et doivent par conséquent être consultés. Le conseil municipal ne peut en effet pas prétendre représenter l’ensemble des citoyens dans leur diversité. Cette consultation renforcera notamment la confiance entre le gouvernant et les gouvernés, tout en augmentant le sentiment d’appropriation de la « chose politique » par les citoyens.
Le second point est la probité. Le premier magistrat de la ville – tout comme n’importe quel élu – doit être irréprochable sur tous les plans, procéder à la déclaration de son patrimoine et ne pas verser dans des affaires de corruption. Il doit assainir les services placés sous ses ordres et faire de la lutte contre la corruption l’une de ses priorités.
Finalement, la redevabilité est essentielle. Le maire doit rendre compte de ses décisions, de ses sources de financement, de la situation des projets qu’il entreprend, ainsi que de tout autre aspect de son exercice à ses administrés. C’est l’un des piliers de la bonne gouvernance et il est indispensable d’en faire une habitude de gestion administrative et politique. Liberty 32 veillera au grain !

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