Pack spécial campagne électorale

Et c’est reparti. Certains médias vont à nouveau pouvoir se remplir les caisses. La campagne électorale est devenue l’occasion rêvée pour les organes de presse de gagner beaucoup d’argent. Et celle qui va précéder les élections communales et municipales ne fera pas exception. La publicité politique n’étant pas interdite, la période électorale est particulièrement faste pour les journaux, les radios et les télévisions.
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Les candidats vont se ruer auprès des organes de presse pour acheter des plages et des espaces publicitaires. Les posters des candidats vont truster les pages de droite des journaux, ou vont se disputer les quarts de couverture avec les photos de produits star. Leurs spots de campagne, eux, vont inonder les prime times, aux côtés des clips dédiés aux lessives en poudre, aux piles électriques, aux dentifrices et aux nouilles chinoises.
Certaines stations vont augmenter leur tarif, mais ce n’est pas pour autant qu’elles courent le risque de perdre des clients au profit des concurrents. En période pré-électorale, même les organes habituellement boudés par les annonceurs retrouvent le sourire. Les annonceurs politiques n’ont pas de cibles particulières. Ils visent tous ceux qu’ils peuvent atteindre, les élections concernant toutes les catégories socio-professionnelles et se tenant dans tous les quartiers.
Il n’y aura pourtant pas que les annonces ou les clips. Il y aura aussi et surtout les faux publi-reportages politiques. Inclus dans un pack spécial « campagne électorale », ces articles de publicité réalisés sous forme de reportage vont investir les surfaces rédactionnelles, et occuper les espaces qui sont, en principe, réservés aux articles d’information. Rien, à l’exception d’un numéro de référence illisible dans certains journaux, ou d’un logo spécial élections où n’est indiquée nulle part la mention « publicité » en haut à droite ou en bas à gauche de l’écran, ne les y différenciera des informations classiques. A la télé, c’est la voix d’un journaliste reconnu qui est en « off », tandis qu’en pages 2, 3, 4 et 5 ou dans les cahiers politiques, ces articles payants bénéficient d’une signature reconnue.
Réduits par les médias à n’être que de simples marchandises, les politiques ont trouvé, avec les faux publi-reportages et les faux courriers de lecteur, les moyens de prendre leur revanche sur les journalistes et sur leurs organes de presse. Liés par des contrats commerciaux, ces derniers se retrouvent obligés de laisser de côté leur esprit critique et semblent devoir n’écrire que des articles dithyrambiques et élogieux à l’égard des candidats. Foulant au pied toute déontologie, fermant les yeux sur l’éthique, certains ne vont pas hésiter à vendre leurs espaces éditoriaux en vantant la victoire de ceux pour la campagne desquels ils ont participé à travers des articles de presse, et en insistant sur la défaite de ceux qui n’ont pas loué leur service et contre lesquels ils ont parfois contribué à mener une campagne de dénigrement. D’autres vont accepter le pourcentage que daigneront leur verser les services commerciaux, y voyant un moyen d’institutionnaliser les « felaka » qu’ils auront de toute façon acceptés si leurs entreprises n’avaient pas offert le pack spécial « campagne électorale ».
Politiques et médias trouvent peut-être leur compte dans ces nouvelles pratiques. Mais lecteurs, auditeurs et téléspectateurs se retrouvent trompés et trahis sans toujours le savoir. Tous les organes de presse ne jouent certes pas à ces jeux dangereux, mais comment le public peut-il faire la différence entre le bon grain et l’ivraie ?
Dans une tribune d’opinion parue dans L’Express de Madagascar au lendemain de la célébration de la journée mondiale de la liberté de la presse, l’ambassadeur des Etats-Unis, Robert T. Yamate avait exhorté les médias à rendre publics et à faire connaître leur propriétaire pour ne pas induire le public en erreur. Mais au-delà de l’ours, c’est tout un système et toute une façon de penser qu’il faut revoir. Les réflexions pourraient peut-être commencer avec les élections communales et municipales, et parallèlement avec les discussions sur le code de la communication ?
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