Créer des écoles, défaire les gourous

Violents heurts entre fidèles et forces de l’ordre, faisant vingt-deux morts. C’était ce week-end, en Inde, dans une ville de l’Etat de Haryana, où un gourou d’une secte, aussi connu pour son addiction au bling-bling, a été condamné pour viol : 100.000 de ses fidèles se sont manifestés pour contester farouchement le verdict du tribunal, obligeant les forces de l’ordre à agir.

Capture d’écran sur le site du Figaro

Images assez hallucinantes, qu’on s’inquiète à juste titre de voir se produire à Madagascar. La profusion de sectes créées dans la foulée des dernières années fait émerger des leaders aux propos inattendus et désopilants.  Les spectateurs « du dehors » s’en amusent, y voient quelques personnages en mal de célébrité, un peu « toqués », un peu « fous ». Mais ces mêmes leaders brassent maintenant des milliers de personnes qui, dans leurs sillages sèment l’assujettissement à la lettre: assujettissement qui va jusqu’au racket, à l’isolement des fidèles, à des soupçons voire des faits de viols et de violences psychologiques, savamment masqués derrière l’idée d’une liberté de culte. Quand le leader arrive, un jour, à organiser une force de frappe telle qu’il peut opposer aux forces de l’ordre des milliers de ses fidèles, prêts à combattre jusqu’au sang, on rira moins de ces « toqués, un peu fous ».

Toujours est-il que ce jubilé de la FJKM n’est pas qu’une célébration protestante : c’est un évènement historique dans la vie des églises malgaches. C’est sans doute un moment pour ces églises d’agir pour  mieux encadrer leurs ouailles et répondre de manière plus efficace aux questions qui tourmentent ces milliers de laissés pour compte d’un pays en difficultés. Car ces nouveaux adeptes de gourous, pour la plupart, se sont extraits d’anciennes paroisses pour diverses raisons dont la dimension dans leurs vies est sous-estimée. Ces mêmes adeptes qui ne trouvaient pas leurs places dans leurs anciennes paroisses et qui pourtant, confient leurs âmes à des communautés qui exigent l’abandon scolaire des enfants et de tous soins de santé, la vente forcée des biens, la séquestration des personnes et toute forme d’aliénation et de lavages de cerveaux. Manipulation, sexe et argent : des ingrédients explosifs qui ne peuvent que ruiner les plus malléables.

Au-delà des possibilités de l’église : repensons à cette idée initiale de toujours rendre les écoles accessibles à tous. Les retards que nous accusons dans le domaine de la formation et de l’éducation sont, entre autres raisons, à l’origine de la facilité relativement rapide de ces mouvement religieux à engourdir les esprits. L’histoire des églises malgaches s’associe toujours à celle de l’école. C’est aux missionnaires de la LMS que nous devons les premières contributions à promouvoir et même démocratiser l’éducation et la formation à Madagascar. Une association bien à propos : le fanatisme s’enracine facilement, là où les écoles  n’ont pas pu être créées. Si la Bible nous était parvenue sans la science, aurions-nous été plus fragiles que nous ne le sommes déjà aujourd’hui?

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One thought on “Créer des écoles, défaire les gourous

  1. D’où je pense la nécessité d’une loi de séparation des églises et de l’Etat, qui encadrerait bien la question. Les dispositions constitutionnelles ne suffisent pas. Certes, l’Etat doit être neutre en matière religieuse, mais cette neutralité est au service de l’ordre public, et la non-intervention étatique face à certains cas relatés dans cet article, vont clairement à l’encontre de cet ordre public. A bon entendeur…

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