Comme cul et show biz

Par Zarateny. L’on dénonce souvent chemin dévoyé qu’ont pris certains de ses collègues. Ce qui n’est pas faux. Entendons-nous bien : la nudité et le travail artistique sur le corps ne sont pas une image négative de l’art. Le corps humain reste un excellent support d’art et de création, c’est par le corps que nous nous exprimons le mieux. Par contre, lorsque le support est employé comme une coquille vide, vide de tous messages et de toutes formes d’introspections et de recherches, le mot idoine est « kolombody », pour reprendre les propos d’Olombelo Ricky.

Zarateny

La pléthore d’artistes nouvellement éclos le démontre. Si l’on fait l’impasse sur le néant abyssal des textes et la pauvreté de recherches musicales, il ne reste que ces corps qui se contorsionnent pour meubler le vide. Sans compter cette pittoresque attraction vers la publicité pour la poudre de lessive, le savon, le beurre, les piles, les pates industrielles. Toute une génération de chanteurs dévoués, corps et âmes, au confort d’intérieur.

A cela, s’ajoute la catégorie des faiseurs de chansons à textes. A la base, le genre revisite les Hira Gasy, avec un franc-parler propre à la culture populaire. Mais, au contraire des chanteurs populaires, cette nouvelle catégorie verse dans la banalisation des violences quotidiennes faites aux filles et aux femmes et dans la célébration des relations malsaines et calculatrices. Sous couvert d’éducation, de bonnes mœurs et de montrage-de-la-bonne-voie-aux-jeunes-filles, bien sûr, car il s’agit d’amuser les jeunes sans trop déplaire aux bigots.

Ensuite, la dernière charrette qui est fascinante de fatuité. Les artistes recrutés pour animer les meetings politiques et les campagnes électorales, moyennant un cachet. Ça se fait, évidemment. Mais l’approche si mercantile n’est-elle pas une déloyauté envers ce qui fait d’un artiste, un artiste ? Peut-on, pour des raisons sonnantes et trébuchantes et dans un contexte qui se veut influencer le parcours historique d’un pays, prêter son talent, non pour des convictions mais uniquement pour de l’argent ? On convient que l’artiste a besoin de son pain quotidien, mais diable, choisir d’être artiste, c’est assumer la part d’idéal que l’on incarne. A l’étranger, des artistes de renommée offrent leur notoriété pour encourager les citoyens à financer la campagne de leur candidat, se proposent pour défendre les convictions des partis qu’ils soutiennent, participent à des sensibilisations au vote, disent publiquement leurs soutiens à tel ou tel candidat et inversement, leur désapprobation des points de vue d’un tel ou tel candidat. Vous me direz que ces engagements ne sont pas forcément pro bono, mais ils ne sont pas non plus tout-venants. Et que dire de ces artistes qui se lancent en politique et qui distribuent à tout va des idées de coups d’Etat à la « rehefa avy eo, hita izay hatao », si impressionnants de puérilité que la pitié s’inspire sans se forcer.

Il est d’autant plus difficile de contrecarrer cette tendance puisque… le public semble réceptif, voire même demandeur. L’atmosphère sociale et politique de Madagascar semble réclamer cette espèce de vacuité, comme un moyen de dépressuriser le stress qui n’en finit pas de bouillir. Les émissions de télé réalité poussent le phénomène à l’extrême, occultant toute idée d’approfondissements, de travail sur soi, de démarche intellectuelle et artistique, pour ne (re)produire que des personnages de divertissement – En quoi sont-ils si divertissants, du reste…
Mais, il existe une autre frange d’artistes qui restent fidèles à leurs âmes d’artistes. A l’instar de l’excellent travail d’Olombelo Ricky et de ses compagnons de route, dont les œuvres artistiques sont d’appréciables pierres à l’édifice culturelle malgache. Un grand bravo aussi, en passant, à l’artiste Hanitra Rasoanaivo de Tarika B, qui en ce moment expose les travaux de recherches qu’elle a faite sur la vannerie traditionnelle malgache. Sa démarche artistique en général reconnecte son public avec la culture malgache elle-même, à une époque où les repères se dissolvent dans la quasi-indifférence. Son parcours professionnel est une leçon d’humilité pour ceux qui un jour, veulent briller sur la scène internationale : l’art est un travail sur l’âme et le corps. On y va pour se brûler, pour se faire mal, pour se découvrir, pour dompter ses démons, pour connaître ses vérités, pour toucher le beau et le vrai sur le bout du doigt, pour être et le dire. Il n’y a pas de place pour le paraître, malgré les apparences. Soutenons ces vrais enfants de l’art, the show must go on !

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