Silence, il dirige le pays

Par Lova Rabary-Rakotondravony/ www.lexpressmada.com. Hery Rajaonarimampianina veut pouvoir travailler en paix, tranquillement, sans personne pour le déranger. Dans un climat d’apaisement et dans la sérénité, estime-t-il, « les personnes élues ou désignées peuvent travailler pour le pays et exercer les responsabilités qui leur ont été confiées ». « Laissez-les travailler puis jugez-les. Donnez-leur des conseils s’ils doivent rectifier le tir, mais ne les dérangez pas (ne les perturbez pas, ne les troublez pas) à longueur de journée », a-t-il alors dit lors de la célébration du 55e anniversaire de l’indépendance.

Un message finalement très humain. Qui aime être dérangé quand il est concentré sur un travail?
Beaucoup préfèrent même travailler seuls dans leur coin, loin des regards, pour ne pas avoir à subir des critiques et pour ne pas avoir à recevoir des leçons. Ces gens-là n’aiment dévoiler leurs œuvres que lorsque celles-ci sont à leurs yeux parfaites et prêtes à être soumises au jugement de ceux qui sont chargés de juger le travail accompli. Et quand un délai est imposé pour la réalisation d’une tâche, ils sollicitent parfois une prolongation lorsque le temps qui leur a été accordé s’est écoulé. Mais même dans ces cas, certains demandent encore une prolongation pour, disent-ils, mener à terme ce qu’ils avaient commencé.
Hery Rajaonarimampianina, comme finalement tous les dirigeants qui se sont succédé à la tête du pays, a juste une conception légèrement différente. Il veut pouvoir travailler en paix, sans personne pour le déranger. Mais à chaque petite étape qu’il franchit, il cherche l’approbation des juges, quémande des félicitations, sollicite des applaudissements. Dans sa quête de louange, il va jusqu’à obliger l’opinion à ouvrir les yeux, à tendre les oreilles, et ainsi à regarder la télé, à écouter la radio. « Seuls ceux qui s’informent, qui ne ferment pas les yeux ni ne font semblant d’être sourds savent que nous avons des résultats, que des projets sont en cours et seront poursuivis, développés », a-t-il souligné.
Que ceux qui n’ont pas des dithyrambes et des éloges à chanter se taisent donc. Hery Rajaonarimampianina affirme bien vouloir recevoir des remarques, peut-être même des conseils pour éventuellement rectifier le tir s’il y a lieu, mais que cela ne se fasse pas en public. L’élu, et partant, tous ceux qu’il a désignés pour l’aider, paraît-il, ne doivent pas être publiquement admonestés. Comme le disait l’un de ses proches, s’en prendre à lui, et évidemment à ceux qui n’ont que lui comme patron, c’est s’en prendre à tous ceux qui l’ont élu.
Et c’est ainsi que le ministre de la Communication et des relations avec les institutions s’est permis d’interdire la retransmission en direct sur les médias publics des séances de questions du Parlement et des réponses du gouvernement. Parce qu’il n’est pas question de laisser les députés dire du mal du chef de l’État, celui que les Malgaches ont élu, a justement expliqué Andrianjato Vonison Razafindambo. C’est également ainsi que certains dirigeants syndicaux ont été licenciés avec la bénédiction de l’administration du travail. Parce qu’au ministère du travail, il n’était pas question de laisser ces délégués syndicaux « accuser de tous les maux les dirigeants étatiques être au mépris du respect du droit à la défense de ces derniers devant une autorité habilitée à apporter un jugement objectif sur ces actes accusatoires ». À se demander d’ailleurs pourquoi les journalistes ayant rendu publiques ces accusations à travers leurs organes de presse n’ont pas été inquiétées. Comme ce fut le cas quand, il y a quelques temps encore, deux journalistes ont été carrément incarcérés parce qu’ils avaient publié le courrier d’un lecteur qui avait dit du mal des proches de l’élu.
La paix et la sérénité, finalement, seuls Hery Rajaonarimampianina et ses proches y ont droit. Les autres n’ont qu’à se taire et subir. Eux peuvent diffamer et calomnier à tout va, accuser les autres de corruption au milieu d’une déclaration officielle à la Nation, reprocher à d’autres d’avoir détourné leurs indemnités sur les médias publics, et dire tout haut qu’ils ne transigeront pas mais que c’est aux autres de lâcher du lest. L’apaisement, au final, n’est utile que pour permettre à Hery Rajaonarimampianina de garder le plus longtemps possible l’équilibre sur son piédestal. La stabilité qu’il cherche est celle de son siège de manière à lui permettre de rester le plus longtemps possible à son poste. Si cela peut faire avancer le pays, pourquoi pas Mais l’histoire a montré que lorsqu’un élu ne se préoccupe que de son petit confort et n’accepte que les vivats tout en faisant la sourde oreille aux complaintes, il ne voit et ne sent même plus la colère et la faim qui rongent les pieds en bois de son fauteuil doré. Et le pire, c’est que, quand son fauteuil tombe, c’est tout le pays qui s’écroule avec.

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One thought on “Silence, il dirige le pays

  1. L’exercice du pouvoir nécessite une préparation. On ne passe pas de comptable à PRM comme ça sans même vivre et comprendre les différents rouages de la politique et de la communication publique. Et je ne parle pas de la gestion de sa propre image et celles des siens, qui sont en permanence sous les feux des projecteurs.
    Je suis certain que le PRM est une personne capable de réflexion et de certaines formes d’intelligences, mais il est un très mauvais PRM car non seulement il ne maîtrise pas grand chose de la fonction qu’il doit assumer, mais en plus il est d’une lenteur de huître.

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