Wake Up Madagascar s’adresse à l’OIF

A l’attention de Madame Michaëlle JEAN, secrétaire Générale de l’OIF,

Madame La Secrétaire Générale, nous, citoyens malgaches, sommes honorés d’être les hôtes du 16e Sommet de la Francophonie, bien que l’organisation de l’événement et les mesures prises pour son déroulement sont loin d’avoir acquis l’adhésion de tous. Nous vous souhaitons la bienvenue dans notre humble pays.

Malheureusement, ce Sommet qui se veut fédérateur écarte l’âme même de Madagascar qu’est sa population. Les mesures prises au nom du confort et de la sécurité des prestigieux invités ne servent qu’à cacher la réalité du Malgache de 2016 et pour certains d’entre nous, alourdissent la précarité quotidienne durant la semaine consacrée à la Francophonie.

Manifestation de Wake Up Madagascar  à Antaninarenina
Manifestation de Wake Up Madagascar
à Antaninarenina

Par ailleurs, un budget faramineux a été mis à disposition de l’Etat pour l’organisation de l’événement. Cependant, les dépenses occasionnées dans la préparation du Sommet restent opaques et les détails, jalousement gardés par l’Administration. Malgré les incessantes demandes de la société civile et de simples citoyens, le budget y affecté et ses sources sont volontairement laissés flous, laissant planer des doutes et des inquiétudes légitimes.

Une situation inacceptable dans un pays où la redevabilité de l’Etat, la transparence de la gestion et de l’administration des deniers publics doivent être priorisés pour lutter efficacement contre la corruption. Ce, en particulier, pour l’organisation d’un Sommet qui réunit des nations qui promeuvent démocratie et bonne gouvernance.

Des mesures stupéfiantes sont prises aujourd’hui  sous le prétexte du bon déroulement de cette semaine francophone et laissent la population perplexe :

  • La fermeture des écoles pendant la semaine sur le territoire malgache.
  • L’interdiction intimée aux tireurs de pousse-pousse et aux charretiers de circuler à Antananarivo pendant cette semaine, pour « ne pas créer d’embouteillages ». Ces personnes travaillent au jour le jour pour subvenir aux besoins de leurs familles. Or, la suspension de l’autorisation de circuler n’est accompagnée d’aucune forme de compensation.
  • La remise à neuf, ou presque, des rues et des façades de la capitale. Mesure, certes, louable et méritoire mais réclamée en vain depuis des années et qui n’aura trouvé d’écho que dans le cadre d’un Sommet et dans un effet de cache-misère organisé.
  • un budget conséquent est alloué à la sécurisation du Sommet. Les forces de l’ordre sont déjà mobilisées depuis quelques semaines, pour réprimer toute forme de manifestation, toute expression de misère aussi. Mais dans le quotidien malgache, nos citoyens meurent chaque jour dans des cambriolages, dans des attaques à main armée, dans des attaques de dahalo. L’Etat, qui se plie en quatre pour recevoir le sommet francophone, n’agit pas pour les administrés.
Manifestation de Wake Up Madagascar à Antaninarenina
Manifestation de Wake Up Madagascar à Antaninarenina

Nous nous sentons exclus de notre propre vie, de notre propre ville, de notre propre pays. Et c’est injuste ! Quelle est notre réalité, en 2016 :

  • 92% des malgaches vivent en dessous du seuil de pauvreté. Un chiffre terrible qui s »illustre par la difficulté du Malgache lambda à trouver quotidiennement son besoin le plus basique : la nourriture.
  • 400.000 personnes sont en état d’insécurité alimentaire dans le Sud, dont 840.000 personnes au plus haut niveau d’insécurité alimentaire
  • Une insécurité galopante en milieu urbain et en milieu rural
  • 7 personnes sur 10 n’ont pas accès à l’eau potable
  • Les coupures d’eau et d’électricité sont quotidiennes sur tout le territoire, pour ceux qui y ont accès.
  • Un militant écologiste, M. Clovis Razafimalala, est emprisonné depuis 2 mois
  • Une interdiction incessante de manifester et de s’exprimer, assortie de violences militaires et policières en cas de « passage à l’acte », est effective, notamment depuis l’adoption contestée du Code de la Communication.

Cette liste n’est pas exhaustive.

Comprenez bien, Madame, que ce n’est pas le Sommet qui nous dérange, encore moins la Francophonie. Nous sommes indignés par le mépris de nos dirigeants pour la population malgache. Indignés face à cet Etat qui cache notre misère et notre pauvreté au lieu de leur trouver une solution pérenne.  Indignés, devant cette volonté de jeter de la poudre aux yeux des délégations internationales et de faire si peu pour lutter à nos côtés pour les droits les plus basiques : du travail, de la nourriture, de l’instruction, de l’électricité, de l’eau potable.

Nous vous invitons à vous pencher sur les réalités et le quotidien du Malgache, et à plaider en sa faveur, pour que ce Sommet ne soit pas le rendez-vous de la seule élite francophone, au désagrément de la population qui l’accueille.

Les valeurs de la Francophonie appellent à la solidarité, à l’entraide et au plaidoyer en faveur de la Justice, de la Paix et du Respect des peuples. Voici l’occasion appropriée pour inviter le monde francophone à ouvrir les yeux sur ce que l’un des leurs endure, dans le mépris de leurs dirigeants.

En espérant que notre appel trouve écho, nous vous prions d’agréer, Madame La Secrétaire Générale, l’assurance de notre haute considération.

Ketakandriana Rafitoson de Wake Up Madagascar interviewée par RFI
Ketakandriana Rafitoson de Wake Up Madagascar interviewée par RFI
mail

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *